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lundi 23 mars 2015

Conférence OZU à Poitiers


Conférence OZU à Poitiers

Intervenant : Pascal-Alex Vincent, spécialiste du cinéma japonais et ancien distributeur de film japonais en France




J'ai participé au "stage" Ozu vendredi 20 et samedi 21 mars à Poitiers. Je suis peu familière des vieux films, sans doute par appréhension. Ce "stage", proposé par le TAP Castille, était l'occasion idéale pour découvrir un réalisateur incontournable du cinéma japonais de l'époque. Trois films d'Ozu ont été projetés : Voyage à Tokyo, Bonjour et Le Goût du Sake. Pascal-Alex Vincent est intervenu pour une conférence d'1h30sur le sujet.

Voici mes notes.

     Monsieur Pascal-Alex Vincent a travaillé 12 ans dans la distribution de films japonais en France avec la société "Alive" crée en 1991. Le Japon était déjà très présent en France dans les années 80 à travers l'automobile et l'informatique. Les premiers restaurants japonais sont apparus dans les années 90. Il était donc évident pour "Alive" que les gens allaient bientôt s'intéresser à la culture japonaise.

     Les années 30, 40 et 50 correspondent à l'âge d'or du cinéma japonais qui produisait plus de 500 films par an. La société "Alive" a envoyé des personnes prospecter au Japon afin de trouver les films à diffuser. Arrivés aux bureaux de la Shochiku, ils demandent à voir les films d'Ozu mais ils rencontrent une forme de résistance naturelle car la Shochiku pense que les films d'Ozu sont bien trop japonais pour plaire aux occidentaux. Persuadés du contraire les français insistent. En 1992, ils sortent 14 films d'Ozu en France. Le seul cinéma qui accepta de diffuser des films japonais fut le Max Linder Panorama. La première rétrospective diffusée a remporté un véritable succès. Et ce sont les films d'Ozu qui ont attiré le plus de spectateurs! A la grande surprise de la Shochiku qui n'en revenait pas.

     L'apparition du cinéma au Japon date de 1896. Tout comme en France ou aux États-Unis, le cinéma devient très vite populaire et le public s'y rend en masse.

     En 1912, est crée la Nikkatsu. A l'époque, employer des gens pour faire exclusivement du cinéma était totalement nouveau. La Nikkatsu contrôlait toute la chaine de production des films et possédait ses propres cinémas. En 1920, la Shochiku, née de l'idée de deux confiseurs, se lance dans le cinéma avec un nouveau concept : vendre des bonbons pendant la projection. 
 
     L'industrie du cinéma se met en place et selon les pays, les premiers sujets filmés dans les long-métrages diffèrent fortement. En France, le cinéma vient de la littérature. On adapte, entre autre, des romans de Zola. Aux États-Unis, on représente les grands espaces, la route, les frontières. C'est un cinéma physique que l'on nomme Western. Au Japon, le cinéma nous vient du théâtre (Nô, Kabuki). Les troupes de théâtre ne se déplacent plus dans les campagnes mais envoient des captations de leur prestation sous forme de cinéma ambulant.
                                   
     Ozu est né 7 ans après l'apparition du cinéma. C'est le vilain petit canard de la famille. Il a deux passions : le cinéma et le sake. C'est un mauvais élève et le jour de l'examen, il préfère aller voir un film plutôt que de passer l'examen. Suite à cela, ses parents l'envoient à la campagne. Le jeune Ozu s'ennuie profondément. En 1922-1923, il retourne à Tokyo où aura lieu le plus grand tremblement de terre. Tous les studios sont détruits puis rénovés et modernisés.

     On entre dans les studios sur concours, en commençant par le bas de l'échelle. Ozu surprend à son entretien car il est passionné du cinéma occidental. Le cinéma venu de loin a été importé très rapidement au Japon et Ozu aime particulièrement Max Linder, René Clair, Chapplin, Buster Keaton... Il ne se reconnait pas du tout dans le cinéma japonais. Les studios de la Shochiku voit en lui quelqu'un capable de créer un cinéma différent et l'intègre dans leur  équipe. Ozu est un cinéaste qui a grandit avec le cinéma. Il a commencé par le cinéma muet et a connu le passage au parlant, à la couleur et au format cinémascope.

     A partir de 1923, les femmes peuvent être comédiennes. Avant, les femmes qui apparaissaient dans le théâtre Kabuki étaient des prostituées qui pouvaient être employées après la représentation. Le cinéma veut se démarquer du Kabuki et raconter quelque chose de nouveau.


     Les premiers films d'Ozu empruntent beaucoup d'éléments narratifs au cinéma hollywoodien. Ses premiers films sont très différents des derniers. En effet, ses premiers films s'inspirent beaucoup des films américains et mettent en scène des choses jamais vues au Japon comme des cambriolages et des gestes de violence. Il s'attarde sur les conséquences de la violence faite aux femmes. Les personnages sont vêtus d'habits occidentaux et sa façon de filmer utilise beaucoup de mouvements de caméra. Au contraire, ses derniers films sont très "japonais". Les scènes sont des scènes de vie mettant en avant les liens familiaux et la caméra reste fixe avec des personnages qui parlent presque face à face avec le public.

     En 1931 apparait le premier film parlant japonais "mon amie, ma voisine". Il raconte l'histoire d'un homme qui est excédé par la musique que sa jeune femme écoute bien trop fort. Il ira se plaindre et finira par tomber amoureux.

Films muets jusqu'en 1936. Extrait de 6minutes d'un documentaire des films muets d'Ozu.

     Le premier film parlant d'Ozu sera en 1936. Le réalisateur a retardé au maximum le parlant car il était fan des Benshi. Les Benshi étaient des acteurs qui, pendant les projections de films muets, étaient en bas de l'écran et racontaient ce qui se passait tout en faisant les voix des différents personnages. La plupart des gens ne savaient pas lire d'où la présence des Benshi à la place de cartons (sous-titres). Le réalisateur Mizoguchi (de la Nikkatsu) au contraire détestait les Benshis car ils pouvaient transformer à leur gré un film dramatique en film comique sans tenir compte des intentions du réalisateur. Les Benshis ont eu un répit de 10 ans avant de disparaitre au profit des films parlants. (Note : Akira Kurosawa (1943 : premier film) était benshi avant d'être réalisateur.)


     Au début des années 30, la guerre de conquête de la Mandchourieentraine le Japon dans une militarisation et fascisation du pays. Il est alors décidé de réécrire tous les manuels scolaires. Tout ce qui ne vient pas du Japon disparait (les panneaux sont dévissés, les affiches de cinéma enlevées), tous les signes culturels étrangers sont rayés. En 1936, le Japon signe un pacte avec l'Allemagne nazie et en 1937 il entre en guerre contre la Chine. 
Pour un cinéaste rêveur comme Ozu, tout ceci est terriblement dur à accepter. Que faire ? Alors que Mizoguchi devient un cinéaste de propagande officiel avec "chant pour la victoire" et tourne des films où les mères laissent partir leurs enfants au front avec compréhension et esprit de sacrifice ; Ozu, lui, part au front. LA Shochiku est bien ennuyée car Ozu a du talent. La Shochiku demande alors à Ozu de faire un film de propagande mais ce dernier fera trainer le projet en espérant que le fin de la guerre arrive rapidement. Il se fera emprisonner et ne fera jamais ce film.

     Début des années 40, Ozu rentre au Japon. Il reste fidèle à son équipe et ses acteurs. Son meilleur ami, le scénariste Noda, disait que plus ils buvaient dans leur maison de campagne, plus le film allait être un succès. Ozu était populaire, il faisait rire et payait son coup. Il avait trouvé une famille à la Shochiku. 

La Toho et la Tohei sont apparues dans les années 40.

     Après la guerre, son cinéma change. Son thème central est désormais la famille, peut-être parce que sa "famille" lui a manqué pendant son exil. 1946-1952 : Les forces d'occupation américaines aident à la reconstruction du pays et disent qu'ils doivent rééduquer la population, lui apprendre la vertu. Elles vont donc contrôler le cinéma et des officiers seront en charge des affaires du cinéma. Les Etats-Unis montrent leur propres films "Citizen Kane" d'Orson Wells, "la vie est belle" de Frank Capra, "Le magicien d'Oz" et "Autant en emporte le vent" de Victor Flemming... Ils diffusent les premiers Disneys tels que "Blanche-neige et les septs nains", "Pinocchio", "Dumbo"... Le cinéma est en couleur et provoque de l'émerveillement. Les américains montrent leur avancée technologique pour créer des dessins animés grâce à la caméra multiplan. Le Japon en achète et développe alors ses propres dessins animés.
Les officiers font aussi une liste des consignes à respecter pour faire un film au Japon :
- Tout scénario doit être traduit et inspecté
- Interdiction de faire des films de samurais car il y a des notion de sacrifice (interdiction jusqu'en 1952)
- Développer des rôles de femmes !
Mizoguchi et Ozu tirent parti de ces instructions. Mizoguchi en mettant la femme en avant dans ce qu'elle a de séduisant avec "la victoire des femmes". Ozu en parlant des mères, des sœurs ou de la fille à marier. 

    Ozu développe des thèmes autour de familles qui se disloquent inexorablement : mariage, mort. Opposition des familles, les enfants qui contestent l'autorité des parents alors qu'au Japon, cela ne se fait pas. Contestation de l'organisation sociale dont la politesse est le ciment qui permet de mieux vivre ensemble. ("Bonjour") On peut voir à travers les familles que Ozu met en scène, les changements que subit la société japonaise des années 50. Les différentes générations ne s'habillent plus de la même façon, les voisins qui écoutent de drôles de musiques etc... Ozu est le cinéaste du temps qui passe. A 20 ans on ne se rend pas compte du temps qui passe, on se croit éternel, les films d'Ozu prennent du sens quand on prend conscience de sa mortalité. Notre existence tend vers le vide. Ozu fera graver sur sa tombe le symbole du vide. Si on tient debout c'est grâce à la famille et aux amis.

"fleur d'équinoxe" : premier film couleur d'Ozu 1958
"Le goût du Sake" : dernier film d'Ozu 1962

Ozu est mort jeune à 60 ans, peu de temps après le décès de sa mère avec qui il a toujours vécu.

Les années 60 voient la désertion des salles de cinéma. Les jeunes sont dans la rue ou devant la télévision, l'argent est mis ailleurs.



- Découvrez la filmographie d'Ozu -

Films liés : http://izumitradasia.blogspot.fr/2015/03/sanma-no-aji-le-gout-du-sake.html   http://izumitradasia.blogspot.fr/2015/03/ohayo-bonjour.html   http://izumitradasia.blogspot.fr/2015/03/tokyo-monogatari-voyage-tokyo.html

Luna Izumi
(D'après mes notes prises le 21 mars 2015) 


J'ai pris ces notes lors de la conférence, j'ai fait mon possible pour les restituées le plus précisément mais nul n'est à l'abri des erreurs d'interprétation. N'hésitez donc pas si vous voyez que je me suis trompée que j'ai omis des éléments importants de l'histoire. A l'occasion, je rédigerais un article sur ce grand réalisateur avec source documentaire à l'appui.

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